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  • 2nd September 2019 - 11:01 GMT
Le Nomes dans les médias

02.09.2019 – Nouvelle panne dans les relations Suisse-UE

C’est une panne, une de plus dans les relations entre la Suisse et l’UE. Ce mercredi 28 août, lors de la Conférence des ambassadeurs qui se tenait au Stade de Suisse à Berne, le président de la Confédération, Ueli Maurer, a laissé entendre que l’accord-cadre «était un échec», révèle le SonntagsBlick. De son côté, la SonntagsZeitung publie une grande interview de Guy Parmelin, dans laquelle celui-ci se montre un peu plus nuancé. «Il faudra reprendre le dialogue au plus tôt l’an prochain», déclare-t-il.

L’accord institutionnel a été conclu en décembre 2018, mais le Conseil fédéral s’est jusqu’à présent refusé à le signer. Le 7 juin dernier, il s’est contenté d’envoyer une lettre à l’UE en donnant des signaux positifs. Pour développer la voie bilatérale, il reconnaît la nécessité de «conclure un nouvel accord-cadre et de poursuivre un dialogue s’inscrivant dans la durée». Envoyée par courriel, la lettre est précisément signée par Ueli Maurer. Ce jour-là, le chef des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, caresse alors encore l’espoir de signer l’accord au 31 octobre, soit juste après les élections en Suisse et avant le départ du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Il n’en sera rien.

«Maurer en campagne électorale»

Ce n’est pas un hasard. Ce week-end, l’UDC a officiellement lancé sa campagne électorale, axée sur la diabolisation de l’UE et sur son farouche combat contre cet accord, qu’elle décrit comme «une adhésion rampante à l’UE». Apparemment, ses deux ministres n’ont pas échappé à la pression qui pesait sur eux. Les partisans de cet accord sont agacés, pour ne pas dire furieux. «Le président de la Confédération est en campagne électorale», déplore Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL), présidente de la Commission de politique extérieure du Conseil national. «Ueli Maurer viole le principe de collégialité et ruine la crédibilité de la Suisse sur le plan international», s’irrite pour sa part Hans-Peter Portmann (PLR/ZH).

Renseignements pris à la source, soit auprès d’ambassadeurs suisses, il s’avère qu’Ueli Maurer s’est bien gardé de déclarer que «l’accord-cadre était mort». Fidèle à ses habitudes, il s’est lancé dans un long discours de près d’une heure, asséné sans notes. Il s’y est livré à une critique de son auditoire, regrettant que les ambassadeurs ne songent qu’à la paix dans le monde plutôt que de placer les intérêts de la Suisse toujours au premier plan. Il a enchaîné en souhaitant que les diplomates soumettent davantage de plans B au monde politique au lieu de marteler un discours convenu. Ici, l’allusion à l’accord-cadre était évidente.

Ambassadeurs décontenancés

Quelle que soit la teneur exacte des propos tenus par Ueli Maurer, une chose est sûre. Lors de l’apéritif offert par le président de la Confédération sur le Gurten, de nombreux ambassadeurs étaient désarçonnés. «Plusieurs d’entre eux m’ont demandé s’ils devaient continuer à défendre cet accord dans les capitales européennes où ils sont en mission ou s’il fallait arrêter d’en faire une priorité», raconte Hans-Peter Portmann.

Responsable des affaires internationales à l’association faîtière Economiesuisse, Jan Atteslander regrette que le Conseil fédéral n’ait pas encore engagé un véritable dialogue avec l’UE. «Selon nos informations, il ne s’est rien passé depuis le 7 juin dernier», relève-t-il. Certes, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes Roberto Balzaretti a bien rencontré son homologue européen Christian Leffler, mais sans résultat concret. Or, les milieux économiques espéraient que les deux parties entament la phase de clarification de l’accord.

Le Conseil fédéral l’a écrit: la Suisse réclame des précisions sur trois points qu’elle considère comme cruciaux: la protection des salaires suisses, les aides d’Etat et la directive sur la citoyenneté – favorisant l’accès des citoyens européens aux assurances sociales –, qu’elle ne veut en aucun cas reprendre. «Ne pas signer l’accord, c’est risquer la poursuite de l’érosion de la voie bilatérale par l’UE, comme lorsqu’elle nous a privés de l’équivalence boursière. La Suisse peut supporter l’une ou l’autre mesure, prise individuellement. Mais à terme, nous sommes menacés de relégation au statut d’Etat tiers de l’UE sans participation au marché européen, alors qu’une étude a montré que la Suisse était le pays qui en profitait le plus grâce à la voie bilatérale», avertit Jan Atteslander.

L’Europe, grande absente des élections

Alors qu’il avait retrouvé un semblant d’unité en juin, le Conseil fédéral apparaît à nouveau déchiré par le dossier européen. Coprésident du Nouveau Mouvement européen suisse (Nomes), François Cherix en est choqué: «Le Conseil fédéral est scandaleusement incapable de conduire le destin européen de la Suisse. Mais les partis gouvernementaux et les syndicats, qui évitent tout débat européen en pleine période électorale, sont tout aussi à blâmer.»

Retrouvez l’article sur le site Web du Temps.

Michel Guillaume, Le Temps, 02.09.2019

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