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  • 16th March 2021 - 15:46 UTC
Le Mouvement européen dans les médias

16.03.2021 – Un accord clé pour éviter l’isolement de la Suisse

OPINION. Profondément européenne, la Suisse doit se remettre en mouvement, écrit Raphaël Bez, secrétaire général du Nomes, alors que les négociations sur un accord institutionnel avec l’UE sont dans l’impasse

Les parlementaires sont de retour au Palais fédéral pour la session de printemps, cette fois-ci encore plus isolés que jamais, les restrictions d’accès au bâtiment ayant été renforcées. Ainsi, à l’exception des élues et des élus et de quelques journalistes, plus personne n’y entre, ou presque. Enfermés? Ils ne sont pas les seuls; le Conseil fédéral l’est aussi. Même si ses membres peuvent circuler librement, ils ne semblent pas savoir quelle porte ouvrir pour permettre au dossier européen de sortir du blocage dans lequel il se trouve. Le gouvernement avance à tâtons, comme s’il cherchait l’interrupteur – ou la poignée de la porte de sortie – dans une pièce plongée dans le noir. Pendant ce temps, à l’extérieur, la secrétaire d’Etat Livia Leu cherche auprès de la Commission européenne le moyen d’éclairer quelque peu la situation.

Pourtant, le Conseil fédéral a la clé – ou plutôt un «accord clé» – entre ses mains, lui permettant de sortir de cet enfermement. En effet, l’accord institutionnel permet de faire sauter les verrous qui paralysent le destin européen de la Suisse. Il garantit une meilleure coopération entre la Suisse et ses voisins; il sécurise la voie bilatérale; il autorise de nouveaux pas dans l’intégration; il élargit le champ des possibles.

Le statu quo n’est pas tenable

L’accord institutionnel est la clé permettant de garantir l’accès au marché commun européen. Aujourd’hui, cette exigence vitale pour l’économie suisse n’est pas assurée. Sans un cadre institutionnel pour régir les domaines de la libre circulation des personnes, des transports terrestres et aériens, de l’agriculture et des entraves techniques au commerce, l’Union européenne (UE) n’actualisera pas les accords conclus avec la Suisse dans le cadre des paquets d’accords bilatéraux I et II et n’en signera pas de nouveaux. Ce blocage impliquerait une lente érosion des liens entre la Confédération et l’UE. Le statu quo n’est donc pas tenable.

La conclusion d’un accord institutionnel permettra de nouveaux échanges et l’intensification des coopérations, dans l’intérêt commun des parties prenantes

Il est également la clé pour de nouveaux accords. Plusieurs domaines du marché intérieur européen, qui ne font pour le moment pas l’objet d’un accord, sont importants pour la Suisse comme l’électricité, la santé ou encore la sécurité alimentaire. Il en va de même pour la coopération dans les domaines de la formation (Erasmus+), de la recherche (Horizon Europe), de la digitalisation (Digital Europe) et de l’observation du changement climatique (programme Copernicus de surveillance de la Terre), ainsi que de la culture et de l’audiovisuel (Europe créative). La conclusion d’un accord institutionnel permettra de nouveaux échanges et l’intensification des coopérations, dans l’intérêt commun des parties prenantes.

Un monde interconnecté

Enfin, il est la clé pour répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain, que ce soit le maintien de la paix, de la démocratie et de nos libertés, le développement de la prospérité, la lutte contre les inégalités, la protection sanitaire, la sauvegarde du climat et de l’environnement ou encore la transformation numérique. Dans un monde qui affronte de nouvelles épreuves, la coopération à l’échelle de notre continent est devenue vitale. Cela vaut également pour la Suisse, car de plus en plus de problématiques complexes exigent une réponse commune. Le drame du Covid-19 est un exemple parmi d’autres. Dans un monde interconnecté, nul Etat ne défend efficacement ses intérêts en faisant cavalier seul.

La conclusion de l’accord institutionnel n’est qu’une étape. Elle ouvre toutefois des portes décisives et offre des perspectives aux jeunes générations, en leur permettant de façonner leur avenir sur leur propre continent. Au moment où certains proposent d’interrompre les discussions en cours, il convient de rappeler les risques d’un isolement progressif. Profondément européenne, la Suisse doit se remettre en mouvement.

Raphaël Bez, secrétaire général du Nomes

Opinion parue dans Le Temps le 16.03.2021

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