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  • 25th August 2020 - 11:34 GMT
Questions à...

Benno Zogg – Biélorussie: quel rôle pour l’Union européenne?

1. Alexandre Loukachenko détient le pouvoir depuis 26 ans. Pourquoi ces élections ont-elles précisément déclenché des protestations aussi vives et que peut-on en attendre ?

Pendant longtemps, Loukachenko a bénéficié d’une large – bien que peu enthousiaste – approbation populaire. En 2020, cela a changé. L’économie stagne depuis plusieurs années et les tensions avec la Russie se sont accrues. Mais surtout, la négligence de Loukachenko dans la gestion de la pandémie a provoqué la colère de nombreuses et nombreux citoyen·nes et s’est traduite par une grande popularité en faveur de son opposante Svetlana Tikhanovskaya. L’absurdité des résultats des élections officielles – 80% en faveur du Président – a fini par faire descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue. Ce à quoi l’État a réagi avec une sévérité sans précédent et sans aucune volonté de compromis. Seules de nouvelles pressions, grèves et fissures au sein de l’élite pourraient conduire à un changement politique.

2. Dans quelle mesure une identification aux valeurs européennes joue-t-elle un rôle – ou non – dans les rangs des opposant·es au régime de Loukachenko ?

Les adversaires de Loukachenko sont uni·es par un désir fort de nouvelles élections justes et équitables. Les prisonnières et prisonniers doivent être libéré·es et les droits humains respectés. Elles et ils se battent pour la liberté, la démocratie et l’autodétermination du peuple biélorusse. Cela reflète les valeurs européennes. Toutefois, les Biélorusses ne cherchent pas à adhérer à un système de valeurs spécifique ni à l’Europe, mais veulent entretenir de bonnes relations avec tous les États, en particulier la Russie.

3. Comment évaluez-vous la réaction de l’Union européenne (UE) et les sanctions imposées par celle-ci la semaine dernière ?

L’UE se devait d’envoyer un signal fort pour condamner la fraude électorale et la répression. L’on observe, comme par le passé, des mesures contre de haut·es représentant·es de l’État et des forces de sécurité, telles que le blocage de comptes bancaires et l’interdiction de voyager. Parallèlement, l’objectif est de renforcer la société civile. Mais l’UE ne dispose que de peu de leviers pour influencer ce gouvernement autoritaire. Une trop grande ingérence nuirait à l’image de l’UE et pourrait même affaiblir l’opposition.

4. Quel pourrait être l’impact de cette crise sur l’UE ? Qu’attendez-vous désormais de l’UE ?

L’on retrouve dans certains Etats au sein même de l’UE une compréhension parfois douteuse du pluralisme démocratique, des droits humains ou de la séparation des pouvoirs. Le fait que l’UE puisse faire preuve d’unité face à la crise en Biélorussie est donc doublement important et envoie un signal fort en faveur de ces valeurs. Par ailleurs, l’UE va aussi devoir porter une attention nouvelle à son voisinage oriental et, dans ce contexte, trouver une approche constructive avec la Russie, sous réserve que le Kremlin y soit disposé.

5. La Russie a assuré à Loukachenko une aide sécuritaire. Qu’est-ce que cela signifie pour l’UE ?

Cette promesse ne s’appliquera qu’en cas de menace extérieure. Toutefois, la Russie dispose de moyens subtils pour influencer le cours des événements politiques en Biélorussie, ne serait-ce que par le biais de liens culturels étroits et de la diffusion des médias russes. Ce qui ne veut pas dire que la Russie soit nécessairement attachée à Loukachenko. L’UE doit rester unie, éviter les accusations d’ingérence et maintenir le dialogue avec la Russie. Cela permettra peut-être d’adopter des approches communes ou de limiter l’ingérence russe.

25.08.2020

Benno Zogg, Senior Researcher au Center for Security Studies (CSS) de l’EPF de Zurich, co-responsable du programme Paix et Sécurité du Forum de politique étrangère (foraus)

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