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  • 9th January 2018 - 12:02 GMT
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Clarifier ou assombrir par référendum?

Doris Leuthard a mille et une fois raison. Son idée d’organiser un référendum pour clarifier la relation entre la Suisse et l’Union européenne est frappée au coin du bon sens. Elle répond à la tradition helvétique de la démocratie directe et permettra au Gouvernement fédéral de s’asseoir sur une légitimité populaire dont l’UE ne peut guère se prévaloir. Fort d’une décision majoritaire, Berne aura matière à négocier avec Bruxelles et pourra défendre sa position face aux représentants de la Commission européenne.

Le schéma stratégique imaginé par l’ancienne présidente de la Confédération ne manque pas d’arguments. Explicite sur le plan intérieur pour susciter un compromis très suisse, il l’est tout autant au niveau européen pour garantir une large marge de manœuvre aux négociateurs du DFAE (affaires étrangères). L’UE ne pourra ni faire la sourde oreille face à la Suisse, ni ignorer ses droits et prérogatives pour assurer la défense de ses intérêts avec l’espace communautaire. De surcroît, Bruxelles saura à quoi s’en tenir et ne sera plus en mesure de s’interroger sur lesdites hésitations suisses qu’elle ne cesse de dénoncer. Berne aura repris la main et les 27 sauront enfin de quoi il en ressort.

Esquisse d’un plan politique qui se veut ambitieux, la proposition de Doris Leuthard a toutes les chances de faire l’unanimité en Suisse. Toutefois, elle devra énoncer au préalable deux points dont nul ne peut faire abstraction.

D’abord connaître le libellé de la question référendaire posée au peuple helvétique, puis apprécier la réaction officielle d’une Union européenne confrontée à un scrutin dont elle n’influence pas un résultat qui pourtant la concerne directement. Sauf que pour l’instant, ni l’une ni l’autre de ces conditions ne sont remplies. Alors que l’objet même du référendum n’a pas encore été dévoilé, personne n’ose encore poser la question incontournable de l’attitude de l’UE pour qui le vote des Suisses n’a aucune valeur contraignante.

Si le référendum suisse devait se résumer à un faux-semblant européen, plus dur en sera la chute. Aux questions du type «souhaitez-vous avoir de bonnes relations avec l’Union européenne?», «soutenez-vous la poursuite de la voie bilatérale?», voire «la Suisse doit-elle rester hors de l’UE?», les réponses n’ont que peu d’importance. Forcément positives, elles ne contribueraient aucunement à l’ébauche d’une solution institutionnelle avec les 27. Pire encore, elles pourraient raviver les critiques de ces derniers qui, piqués au vif, prendraient prétexte de ce scrutin exclusivement national pour accroître la pression sur Berne. Pensée pour aplanir les différends entre la Confédération et l’Union européenne, la proposition de Doris Leuthard présente par conséquent de nombreux vices cachés. Au résultat peut-être inversement proportionnel à l’objectif escompté, elle pourrait même provoquer un effet boomerang pour la relation Suisse-Europe. En lieu et place de la clarifier, elle ne ferait donc que l’assombrir.

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