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  • 24th November 2015 - 10:27 GMT
Histoire de l'intégration européenne

Discours de Helmut Schmidt au Congrès du SPD en décembre 2011

L’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, qui est décédé le 10 novembre dernier à l’âge de 96 ans, a vécu près d’un siècle d’histoire européenne. Il a ainsi assisté aussi bien à la montée qu’à la chute du nazisme, à la séparation comme à la réunification de l’Allemagne, et aussi aux différentes étapes de la construction européenne. C’est dire si Helmuth Schmidt a rencontré à plusieurs reprises tant l’euphorie que la désillusion. Au Congrès du SPD il y a quatre ans, il a tenu l’un de ses derniers discours[1], structuré, légèrement provocant, qui rappelle surtout que Schmidt n’a cessé d’être un politicien compétent doté d’une large vision et d’un langage imagé et honnête.

2011 est l’année de la tuerie d’Anders B. Breivik en Norvège. C’est pourquoi, au début de son discours, Schmidt rend hommage à l’actuel Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg pour son action à la suite des événements dramatiques de l’été 2011 et pour son attachement à la primauté du droit. Le discours de Stoltenberg à ses concitoyens est resté dans toutes les mémoires : il avait au lendemain de la tuerie appelé au développement de la démocratie.[2]

L’identification des forces de la périphérie et du centre, tel est le fil rouge du discours de Helmuth Schmidt. En effet et selon l’ancien chancelier, les combats des derniers siècles en Europe n’ont cessé  d’être des combats

 

« entre la périphérie et le centre et inversement entre le centre et la périphérie. »

 

Il y a eu une interaction constante : tantôt les États de la périphérie se sont retournés contre le centre (en l’occurrence l’Allemagne), tantôt le centre s’est élevé contre la périphérie, à l’instar des deux guerres mondiales. Cette poursuite du centre vers l’extérieur serait la principale raison qui pousserait l’Allemagne à chercher des solutions en Europe dans le but de contenir sa puissance. Pour l’ancien chancelier, l’intégration européenne ne peut être comprise en dehors de cette idée.

 

« En 1950, (…) Robert Schumann et Jean Monnet ont présenté le plan Schumann de fusion de l’industrie lourde en Europe de l’Ouest. Cela s’est fait (…) au prétexte de l’intégration de l’Allemagne. Charles de Gaulle, en tendant dix ans plus tard la main de la réconciliation à Konrad Adenauer, a agi pour la même raison. »

 

Et l’Europe ne pourrait aujourd’hui se permettre de rejouer la carte nationale explique Schmidt, car les vieilles batailles entre périphéries éclateraient de nouveau, selon toute probabilité.

 

« Toutefois, si l’Union européenne n’arrivait pas à mettre en place une action commune – même limitée – au cours des prochaines décennies, une marginalisation de certains pays membres et de la civilisation européenne ne pourrait pas être exclue. Dans ce cas, exclure la résurgence de la concurrence et des luttes de prestige entre les Etats européens ne serait pas impossible. Dans un tel cas, l’intégration de l’Allemagne ne pourrait alors plus fonctionner et le jeu séculaire entre centre et périphérie pourrait alors redevenir réalité. »

 

Au cours des dernières années, l’Allemagne s’est fortement exposée en raison de sa force économique. Celle-ci, comme l’a souligné Schmidt, recèle également des aspects dangereux qui doivent être traités sans retard par l’Allemagne. L’économie allemande et ses excédents d’exportation sont certes dignes de louanges ; ils conduisent cependant à une dépendance accrue des autres pays envers l’Allemagne qui menace ainsi l’équilibre économique en Europe.

 

« Tous nos excédents sont en fait des déficits provenant des autres. Les revendications que nous avons envers eux concernent leurs dettes. Il s’agit alors d’une violation dangereuse de notre idéal légal d’«équilibre externe». Cette violation devrait inquiéter nos partenaires. »

 

Une Allemagne économiquement forte ne doit pas à nouveau se laisser séduire par l’obtention d’un rôle dominant en Europe. L’Europe ne peut exister que si les Etats membres sont solidaires les uns les autres et s’ils poursuivent un chemin à peu près similaire. Car, selon Schmidt, les Allemands ne doivent pas oublier à quel point les autres pays se sont montrés solidaires d’une Allemagne totalement détruite au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

 

« Nous, les Allemands, avons raison d’être reconnaissants. Et parallèlement, nous avons le devoir de nous montrer dignes de la solidarité reçue en témoignant de notre propre solidarité avec nos voisins ! »

 

A propos des difficultés démocratiques au sein de l’UE, Schmidt prend position en invitant toutes les parties à s’engager en faveur de la démocratie. Le Parlement européen doit revendiquer plus de responsabilités, il faut un

 

« réveil du Parlement européen »

 

En 2011, Helmut Schmidt évoquait également la crise financière et exhortait les personnes présentes au Congrès du parti à exprimer une résistance accrue. Pour être en mesure d’empêcher une nouvelle crise économique, il est urgent à ses yeux de mettre en place des règles

 

« de distinction entre les banques commerciales normales, et les banques fantômes et d’investissement qui mènent à l’interdiction à terme de la vente à découvert de titres, à l’interdiction des opérations avec instruments dérivés, sauf si elles sont approuvées par la surveillance des bourses – et ce jusqu’à une restriction efficace des opérations des agences de notations non surveillées concernant la zone euro. »

 

Helmut Schmidt n’évite pas non plus la question très controversée en Allemagne de la mutualisation de la dette en Europe et déclare :

 

« Une dette commune sera inévitable. Nous, les Allemands, ne devons pas nous montrer égoïstes. »

 

Schmidt rejette une conception étroite de la politique d’austérité qui a causé la rupture de la démocratie allemande dans les années 1930. Ce qui est important à ses yeux sont les programmes de croissance, de sorte que le taux de chômage n’augmente pas. Dans un dernier point, Schmidt évoque également les valeurs fondamentales des Socialistes que l’on ne doit pas oublier de défendre.

 

« Nous, les sociaux-démocrates, sommes attachés tant à la liberté qu’à la dignité de chaque individu. Nous avons également adhéré au principe de démocratie parlementaire représentative. Ces valeurs fondamentales nous obligent aujourd’hui à faire preuve de solidarité européenne. »

 

Le respect des droits humains doit être défendu, particulièrement dans les moments difficiles que l’Europe traverse, déclare Schmidt pour conclure son discours.

 

« Si aujourd’hui, une grande partie de l’Europe se félicite des droits humains et de la paix, nous n’aurions jamais pu imaginer cela en 1918, en 1933 ou en 1945. Œuvrons donc pour ces droits et combattons pour que l’Union européenne – historiquement unique – fasse de ses faiblesses actuelles une force et avance la tête haute! »

 

A quelques jours près, Helmut Schmidt aurait été confronté comme nous aux attaques du 13 novembre 2015 à Paris. Gageons qu’il en aurait été très peiné.

 

 

[1]     Schmidt, Helmut, Deutschland in und mit und für Europa, Rede Helmut Schmidt auf dem SPD-Bundesparteitag am 4. Dezember 2011 in Berlin, 04.12.2011, http://www.spd.de/presse/Pressemitteilungen/21498/20111204_rede_helmut_schmidt.html, consulté le 15.112015.

[2]  « The Norwegian response to violence is more democracy, more openness and greater political participation. » Jens Stoltenberg in einer Rede vom 23. July 2011, siehe bspw. The Guardian, 27.07.2011, http://www.theguardian.com/world/2011/jul/27/norway-terror-attacks-prime-minister, consulté le 16.11.2015.

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