Dossiers > Ferdinando Miranda – L’égalité des personnes LGBTIQ dans l’UE

Détails de l'article:

  • 21st April 2021 - 14:44 UTC
Questions à...

Ferdinando Miranda – L’égalité des personnes LGBTIQ dans l’UE

1. Selon vous, la Commission européenne va-t-elle assez loin avec sa stratégie en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ ou, conformément à ce que suggéraient certain·es eurodéputé·es, devrait-elle employer plus d’outils pour protéger les droits des personnes LGBTIQ ?

Il s’agit de la première stratégie en la matière, au niveau européen. Il est toujours possible de faire mieux et autrement, mais il faut bien commencer à un moment donné pour développer par la suite des outils encore plus précis. Dans le contexte de la pandémie que nous vivons le signal qui parvient de la Commission européenne est plus qu’encourageant. La crise de la COVID-19 a entraîné de nouvelles pressions sur les groupes les plus vulnérables, et les personnes LGBTIQ (lesbian, gay, trans, intersex, queer) ne font pas exception. Il suffit de voir les chiffres : 43% des personnes LGBT européennes déclaraient qu’elles avaient le sentiment de faire l’objet d’une discrimination en 2019, alors qu’elles n’étaient que 37% en 2012, selon l’Agence des droits fondamentaux (FRA) de l’Union européenne.

2. De quelle manière les mesures principalement économiques et juridiques prises par la Commission européenne peuvent-elles faire changer les mentalités ?

Lorsque les autorités politiques nomment et sanctionnent les formes de discriminations, elles accompagnent voire rendent plus faciles les changements culturels et de mentalité, notamment dans les domaines concernant les questions de genre ou sexuelles. De cette manière, les institutions promeuvent une culture de l’équité et de l’inclusion par le biais d’instruments économiques ou de projets culturels visant à déconstruire les stéréotypes. En cela, la Commission européenne, avec cette stratégie, identifie les bons axes opérationnels pour parvenir à ce résultat et pour bien débuter, entre autres : lutter contre la discrimination et la haine ; garantir la sécurité ; protéger les droits des familles arc-en-ciel ; soutenir l’égalité des personnes LGBTIQ au-delà de l’Europe.

3. En ce qui concerne la Pologne : à votre avis, en quoi la ratification par des collectivités locales d’une résolution « anti-idéologie LGBTIQ » peut-elle conduire à normaliser voire encourager l’homophobie au sein de la population ?

Le fait même d’autoriser et de légitimer certains comportements haineux est le synonyme d’une invitation à les commettre. Par ailleurs, ce type de résolution, introduites notamment dans certains pays d’Europe de l’Est, est révélateur du fait que ces questions s’inscrivent désormais dans des logiques géopolitiques, au-delà même de leur particularité. Autrement dit, les politiques publiques concernant les sexualités et le genre deviennent des pièces de l’échiquier politique, entre un « Occident » qui serait progressiste en la matière et un « Orient » qui se voudrait conservateur. Cette bataille qui est expressément faite sur un plan idéologique – en écartant le fait qu’il s’agit avant tout d’une question de droits humains – cache bien d’autres rapports de force, d’intérêts économiques et politiques sous-jacents. On assiste à la création d’un nouveau « rideau de fer », qui est de nature genrée, sexuée et sexuelle.

4. Quelle importance revêt un signal paneuropéen en faveur d’une plus grande acceptation de la communauté LGBTIQ, surtout par rapport à des États membres réfractaires comme la Pologne ou la Hongrie ?

Toute décision politique visant à plus d’égalité, d’équité et de justice revêt une grande importance symbolique, au-delà même de la façon dont elle sera réceptionnée par chaque Etat. En cela, cette récente stratégie de la Commission européenne nous signale surtout l’importance d’une approche interdisciplinaire pour réaliser une égalité concernant les personnes LGBTIQ. Il est important d’identifier des instruments non seulement juridiques et de sanction, mais aussi politiques, culturels et sociologiques visant à des transformations plus vastes et durables. Dans le cadre des études et des activités du Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités de l’Université de Genève, dont j’assume la codirection, cette perspective transversale est considérée comme essentielle pour bien comprendre les liens entre les droits humains et les sexualités, dans la mesure où des éléments multiples y interfèrent, tels que la géopolitique, les religions, les idéologies, les nationalismes, la morale, la culture, l’art, etc. comme on peut constater à l’occasion des débats autour de l’introduction de cette stratégie de la Commission européenne en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ.

19.04.2021

Ferdinando Miranda, Directeur exécutif du Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités (CMCSS) de l’Université de Genève

Sans commentaires

Votre email ne sera pas publié
Annuler la réponse