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  • 6th December 2019 - 15:00 GMT
Questions à...

François Nordmann – La Commission von der Leyen

1. Quelles seront les enjeux au centre des préoccupations de la nouvelle Commission?

Les premiers mois de la présidence d’Ursula von der Leyen lui ont permis de surmonter une série d’épreuves politiques nées des circonstances de sa désignation: elle  a été choisie par le Conseil européen  après que ce dernier ait refusé de se plier au système du «Spitzenkandidat» (élire automatiquement le chef de file du parti qui obtiendrait une pluralité de suffrages lors des élections au Parlement européen). Elle a donc dû trouver un point d’équilibre avec le Parlement européen, qui l’a d’abord accueillie froidement lors de son investiture le 16 juillet – sa majorité était de neuf voix seulement. Elle a négocié avec les groupes politiques la composition de son équipe de commissaires (trois d’entre eux ayant été rejetés par les organes du Parlement) et certains  éléments de son programme, qui reflète les préoccupations des principaux groupes politiques du Parlement.

Elle a donc défini six domaines prioritaires: le Pacte vert européen – un effort sans précédent pour mettre en œuvre l’Accord de Paris sur le climat, en y mettant les moyens; une économie au service des personnes en renforçant l’économie sociale de marché, avec un accent sur la lutte pour l’égalité; l’adaptation au numérique; la promotion du mode de vie européen; une voix plus forte sur la scène internationale en intégrant la dimension géopolitique dans l’action de la commission; un renforcement de la démocratie au sein de l’Union, avec une codification plus transparente des règles d’élection des Spitzenkandidaten…

2. Quels sont les principaux défis actuels pour Ursula von der Leyen et son équipe?

Il lui incombera de maintenir la coopération qui s’est établie avec le Parlement et de s’imposer face au Conseil européen. Son programme est volontairement ambitieux. Les Etats membres la suivront-ils? Les discussions sur le plan financier des sept prochaines années sont vives et les ressources seront limitées, ne serait-ce qu’en raison de la fin de la contribution britannique. La transition climatique, le développement des institutions de l’Union économique et monétaire, la relance du dialogue sociale nécessiteront une forte adhésion des Etats membres. Les aléas du Brexit vont peser sur le travail quotidien de la Commission. De plus l’environnement international  et notamment les relations avec les Etats-Unis, la Chine et la Fédération de Russie, la guerre commerciale, les problème de la défense, la concurrence pour la maîtrise des technologies numériques risquent d’entraver l’action programmée de la Commission.

3. Le Parlement européen a refusé trois candidat∙es commissaires. Est-ce un signe qu’il entend exiger davantage de la Commission qu’il ne l’a fait jusqu’à présent?

La Commission dans son ensemble a été investie le 27 novembre 2019, au terme d’un long processus émaillé de tensions, de refus, de changements. 461 députés ont voté en sa faveur, 157 ont voté contre et 89 (dont les Verts) se sont abstenus. Le président du Parlement, David Sassoli, estime que le Parlement est sorti renforcé du bras de fer mené avec la Commission depuis l’été. Il a marqué des points lors des auditions individuelles des Commissaires et a fait valoir son influence sur le programme de la Commission. Le vote d’investiture peut être considéré comme l’expression de la volonté d’apaisement du Parlement, qui n’a pas intérêt à affaiblir l’Union européenne. A noter que les députés polonais et hongrois ont apporté leurs suffrages à la Commission von der Leyen, comme l’avaient fait leurs chefs de gouvernement au sein du Conseil européen.

4. Dans quelle manière Ursula von der Leyen – de formation scientifique (études en sciences économique) – s’intéresse-elle et prévoit-elle de promouvoir «l’Europe sociale»? Ses années en tant que ministre de la Défense influenceront-elles son action?

La présidente von der Leyen a abandonné ses études à la London School of Economics après six semestres pour  entreprendre et mener à chef des études de médecine. Elle a débuté sa carrière politique en qualité de ministre de la Santé publique du gouvernement de la Basse Saxe puis est devenue ministre de la Famille du gouvernement fédéral. Elle s’est toujours préoccupée de faire fonctionner l’économie sociale de marché, qu’elle érige en modèle pour l’UE. Son programme consiste notamment à lutter pour promouvoir l’égalité entre les genres, un salaire minimum, maintenir le dialogue social, pour la formation et l’emploi axé sur le numérique créer un fonds de réassurance pour les indemnités de chômage, sortir de la pauvreté les 25 millions d’enfants menacés de précarité.

5. Que prévoit la Commission von der Leyen en matière de collaboration entre la Suisse et l’UE? Est-ce à l’avantage de la Suisse?

Elle n’entend pas changer le dispositif mis en place par son prédécesseur pour le dialogue avec la Suisse, sur lequel elle gardera un œil. C’est la continuité qui prévaudra. Le même commissaire, Johannes Hahn, le même négociateur, l’ambassadeur Christian Leffler maintiendront le contact. Mais à la différence de la Commission Juncker, la nouvelle Commission hérite d’un texte final, rédigé de toutes pièces. La satisfaction des requêtes de la Suisse de «clarifier» les dispositions relatives aux mesures d’accompagnement, aux droits sociaux des citoyens européens et des aides d’Etat pourrait prendre la forme de déclarations politiques. Bon gré mal gré, la Commission devra accepter le report de toute discussion officielle jusqu’au vote sur l’initiative de «limitation» de l’UDC, qui sera fixé au 17 mai 2020, mais les choses devraient aller assez vite ensuite. On peut s’attendre à un style plus accommodant sur la forme mais tout aussi ferme sur le fond. Si la Suisse n’est pas en mesure de soumettre à l’UE des formules de compromis dès la fin du printemps, on peut craindre que l’affaire ne traîne en longueur avec tous les dommages que cela  comporte pour l’industrie d’exportation, la recherche et la coopération.

06.12.2019

François Nordmann, chroniquer au Temps, ancien ambassadeur de la Suisse à Paris, membre de la Commission politique du Nomes

Photo portrait: (c) https://www.fiff.ch/fr/fiff-portraits-2018

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