Dossiers > Gilbert Casasus – Les élections européennes

Détails de l'article:

  • 23rd January 2019 - 09:34 GMT
Questions à...

Gilbert Casasus – Les élections européennes

Gilbert Casasus, Professeur d’Etudes européennes à l’Université de Fribourg

1. Les élections européennes ne suscitent en général que peu d’intérêt et font souvent l’objet de vote de contestation aux différentes politiques nationales. Pourquoi à votre avis?

Depuis leur début, peut-être à l’exception des premières en 1979, les élections européennes ont servi d’élections sanctions, car n’ayant aucune incidence institutionnelle directe sur la politique intérieure États membres. Par conséquent,  elles n’engagent pas la responsabilité des exécutifs nationaux. À ce titre, ces scrutins ont souvent été perçus comme des «élections défouloirs». Parce que l’Europe semble lointaine, il est facile de s’en prendre aux dirigeants nationaux qui la composent. Pour beaucoup d’électeurs, c’est un scrutin sans risques, ce qui est absolument faux.

2. A l’instar de l’Union des fédéralistes européens, plusieurs voix réclament la mise en place de listes transnationales pour les élections européennes. Quel est votre regard sur la question ?

Je l’ai dit et souhaité dès 1984, lors d’une conférence que je tenais, comme doctorant, auprès de la société franco-allemande de Munich. Il aura fallu près de trente-cinq ans pour que ce débat prenne enfin corps. La décision du groupe PPE de rejeter cette idée est tout simplement déplorable. Elle contredit l’esprit européen de dépasser les nationalismes, alors que ces mêmes nationalismes doivent être dépassés plus que jamais.

3. Le système des « Spitzenkandidaten » sera reconduit pour les élections à venir. Qu’en pensez-vous?

Sur le fond, je n’y serais pas opposé. Mais sur la forme, je suis beaucoup plus réticent. Qui dit «Spitzenkandidat», en se référant au système allemand, devrait savoir que ledit «Spitzenkandidat» mène une liste, ce qui n’est pas le cas pour le poste du Président de la Commission. À l’image de la nomination des deux «Spitzenkandidaten» du groupe PPE (conservateurs) et S & D (sociaux-démocrates), on peut aussi s’interroger sur la transparence du processus de désignation. Il a montré de réelles limites, car celles-ci traduisent l’inexistence  des partis politiques européens. Pour ma part, je plaide pour l’élection au suffrage universel direct à deux tours du Président de la Commission européenne, élu par tous les citoyens des pays membres de l’UE. C’est plus clair, peut-être plus risqué, mais politiquement beaucoup plus ambitieux !

4. Le Parlement européen sera renouvelé en mai. Dans quelle mesure sa nouvelle composition pourrait-elle avoir une influence – positive ou négative – sur le dossier suisse et les négociations sur l’accord institutionnel?

Tout dépend du résultat global des prochaines élections au Parlement européen. Si les forces nationalistes devaient l’emporter au sein de l’UE, cela conforterait la position des opposants suisses à l’accord, donc des nationalistes suisses. C’est bien connu, les nationalistes se tiennent par la main. Si en revanche l’esprit européen devait dominer dans l’hémicycle de Strasbourg, cela renforcerait l’action des Suisses pro-européens, leur permettant aussi de défendre l’accord institutionnel auprès du Conseil fédéral. Que nos ressortissants le sachent, les élections européennes les concernent aussi, sauf qu’ils ne peuvent pas y prendre part. Dommage !

24 janvier 2019

Sans commentaires

Votre email ne sera pas publié
Annuler la réponse