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  • 19th November 2020 - 11:45 UTC
Questions à...

Nadia Boehlen – Nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile

1. Quelle est votre appréciation concernant la proposition de nouveau Pacte sur la migration et l’asile européen et quels sont les changements par rapport à la situation actuelle ?

Il n’y a pas d’amélioration, ni de réelle volonté d’accueillir des réfugié∙es ou de décharger les « hotspots » comme la Grèce. De plus, il n’y a pas de vraie solidarité entre les pays européens qui serait instituée, alors que c’est ce que nous voulions afin de corriger le système de Dublin et décharger les pays aux frontières de l’Union européenne (UE). Nous notons que les nouveaux mécanismes de solidarité tels que proposés ne sont pas contraignants et que des pays comme la Hongrie ont d’ores et déjà déclaré qu’ils n’y participeraient pas. Par ailleurs, la nouvelle procédure accélérée de traitement des demandes d’asile risque de produire des effets pervers. En effet, l’on sait que dans de tels cas, des candidat∙es à l’asile ou des réfugié∙es seront plus facilement expulsé∙es car ne venant pas de zones à risques, alors qu’elles et ils pourraient y avoir subi des persécutions. Enfin, la délégation du traitement de l’asile à des pays tiers comme la Turquie ou la Libye en ressort renforcée. Ce n’est donc pas une avancée – ce projet de Pacte migratoire est étiqueté comme étant solidaire alors qu’il ne l’est pas.

2. Y a-t-il néanmoins des changements positifs et, si oui, lesquels sont-ils ?

Même s’il s’agit d’une amorce visant à répartir le traitement de l’asile au niveau européen, ce n’est pas suffisant. Le nouveau Pacte n’a pas encore été adopté – il faudrait un mécanisme qui décharge réellement les pays du Sud et de l’Est. La proposition de la Commission est une tentative pour mettre en place une politique solidaire entre les pays européens. Amnesty International demeure tout de même critique et inquiet – nous ne la jugeons pas positivement.

3. Le nouveau Pacte ne propose pas de répartition contraignante des migrant∙es en raison de l’opposition de plusieurs Etats membres. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Le problème est l’absence de mécanismes contraignants. Ainsi, les pays aux frontières de l’UE, dans lesquels se trouvent les points chauds, où sont concentré∙es les migrant∙es et réfugié∙es, ne sont pas déchargés. Les problèmes que cela génère, comme ceux rencontrés dans le camp de Moria en Grèce à la fin de cet été, persisteront.

4. La proposition de la Commission européenne doit être discutée au sein du Conseil européen et du Parlement européen. Sur quels points allez-vous concentrer votre lobbying ?

Amnesty International n’a jamais cessé de faire du lobbying à ce sujet, tant au niveau européen qu’au niveau national. Dans ce cas précis, notre travail se concentre sur les points que j’ai précédemment abordés, à savoir une politique réellement solidaire permettant l’arrivée de réfugié∙es en Europe par des voies d’accès légales, évitant ainsi qu’elles et ils aient à passer, au péril de leur vie, par de dangereuses routes comme celle de la Méditerranée ou des Balkans. Il est également question d’améliorer la répartition des candidat∙es à l’asile et de mettre au point un mécanisme d’accueil solidaire qui ne fasse pas peser sur certains pays tout le poids du traitement des demandes d’asile au niveau européen. Enfin, il nous faut cesser d’externaliser notre gestion de la migration à des pays comme la Turquie ou la Libye tant que ces pays ne garantissent pas un traitement digne des réfugié∙es et des migrant∙es. En ce qui concerne la Libye, on a documenté du travail forcé et toutes sortes de mauvais traitements. Les candidat∙es à l’asile y sont retenu∙es dans des conditions catastrophiques – les requérant∙es d’asile ne doivent plus être renvoyé∙es dans ce genre de pays.

18.11.2020

Nadia Boehlen, porte-parole d’Amnesty International Suisse

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