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  • 24th March 2022 - 10:16 UTC
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René Schwok – Trois nouvelles demandes d’adhésion: bientôt une Union européenne à 30?

1. L’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie ont déposé une demande d’adhésion à l’Union européenne. Selon vous, quelles sont les chances d’adhésion dans les années à venir?

Elles sont nulles. Ces trois pays ne répondent pas aux critères pour adhérer. Ils ne sont pas capables de reprendre tout l’acquis de l’UE. Leurs économies, leurs administrations et leurs systèmes judiciaires sont très loin d’être au niveau nécessaire. Toute la difficulté pour l’UE est de leur signifier qu’ils n’ont aucune chance d’adhérer sans le leur dire trop franchement. En effet, un refus trop tranché affaiblirait les forces pro-occidentales dans ces trois pays.

2. Quel effet ces trois pays espèrent-ils retirer de cette demande?

Ces États font pression sur l’UE. Ils pensent que l’UE se sentira gênée de leur répondre négativement. Et que, par conséquent, elle leur offrira autre chose en compensation. Cela pourrait par exemple se traduire par davantage de promesses d’aides économiques ou des participations accrues à des programmes ou à des agences de l’UE.

3. Il existe actuellement des accords d’association entre l’UE et ces trois États. En quoi consistent-ils?

Ces accords ressemblent à ceux conclus entre l’UE et la Suisse. Ils incluent ainsi une zone de libre-échange et donc l’abolition des droits de douane. Ils visent aussi à l’abrogation du maximum de barrières techniques au commerce. Ils couvrent même davantage de domaines que la voie bilatérale avec la Suisse. Par exemple, des liens avec la politique étrangère et de sécurité. Par contre, l’UE a refusé d’accorder à ces États la libre circulation des personnes et l’accession à l’Espace Schengen.

4. Dans quelle mesure le contexte actuel pourrait-il avoir une influence sur le processus d’examen et d’admission?

Peut-être que l’UE se sentira quand même obligée d’examiner les candidatures de ces États. Elle pourrait esquisser une feuille de route. Elle pourrait même évoquer la perspective d’une adhésion à très long terme. Tout en se gardant du moindre engagement ferme.

5. Quelles sont les implications de ces demandes pour les négociations d’adhésion en cours avec les pays des Balkans occidentaux?

Je n’observe pas pour l’instant de signes de plus grande flexibilité de la part de l’UE par rapport aux négociations avec les pays des Balkans occidentaux. Mais, peut-être que, certains États de l’UE vont faire preuve de moins d’intransigeance. Ils pourraient considérer que les nécessités de stabilisation de cette région devraient davantage prévaloir par rapport au respect strict des critères d’adhésion à l’UE.

24.03.2022

René Schwok, professeur ordinaire au Global Studies Institute et au Département de science politique et relations internationales de l’Université de Genève

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