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  • 24th July 2015 - 11:45 GMT
Questions à...

Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen

On sait que la Suisse est en retrait de l’Europe mais cela n’empêche pas certains de ses citoyens de militer pour un rapprochement avec l’Union européenne. J’ai eu l’occasion de rencontrer à Strasbourg il y a quelques temps des membres de l’association Nomes. Celle-ci s’est donné comme objectif de faire adhérer la Suisse dans les meilleurs délais et aux meilleures conditions et de préparer ce moment en informant et en mobilisant autour d’elle. Dans ce cadre, Nomes m’a interrogée, notamment sur le rapport que j’entretiens avec la Suisse.

Cinq questions du « Nomes », Nouveau mouvement européen Suisse

1)  Quelle serait, selon vous, une date-clé pour l’Union européenne?

La date est évidente et incontournable, c’est le 9 mai 1950 et la déclaration initiale de Robert Schuman dont l’anniversaire est devenu la journée de l’Europe. D’autres dates sont importantes bien sûr comme la transformation de la Communauté européenne en Union européenne en 92, l’introduction de l’Euro en 99 ou l’élargissement à 10 nouveaux membres en 2004 mais la portée symbolique n’est pas de même nature.

En 1950, cinq ans après la fin de la guerre est lancée l’idée d’une mise en commun de la production du charbon et de l’acier. Cela peut sembler un objectif prosaïque mais en fait il est plein d’idéalisme car le charbon et l’acier sont à la base des industries militaires. Les mettre en commun rend la guerre impraticable et c’est bien cet objectif qui est recherché et… atteint. Ne l’oublions pas et soyons reconnaissant à Robert Schuman, Jean Monnet, Konrad Adenauer et quelques autres visionnaires qui nous ont légué la plus longue période de paix de l’Histoire sur le sol européen.

2) Le parti le plus à droite de Suisse (l’UDC) prépare une initiative populaire qui vise à dénoncer des traités internationaux comme la Convention européenne des droits de l’homme. Que pensez-vous de ce genre d’initiative ?

Ce genre d’initiative serait risible si elle n’était pas aussi consternante. Elle repose sur l’idée que seuls les intérêts de la confédération priment et que rien ne saurait la relier, ni les traités internationaux, ni des valeurs universelles, au reste du Monde. C’est à la fois ridicule et dangereux. Nous vivons tous dans un système de liens et d’obligations, dont chaque pays ne décide pas seul dans son coin. Et l’idée est de les utiliser pour en tirer le meilleur parti possible. Cela s’appelle la vie politique ou même la vie en société. Il y a beaucoup de démagogie dans la démarche de l’UDC qui confine parfois à l’expérimental. Mais elle est aussi dangereuse car elle vise à défaire les liens que la Suisse a noués avec le reste du Monde depuis des siècles.

3) Pourquoi la Suisse est importante pour l’Europe?

La caricature aurait sans doute voulu que je dise « pour les banques » ! Mais regardons plutôt une carte. Il est facile de comprendre que la Suisse est au cœur de l’Europe, à la croisée des principales cultures qui la constitue. Dans l’histoire des idées ou des relations internationales, elle a également une place très singulière, avec son ancienne démocratie et sa tradition d’accueil de réfugiés des persécutions religieuses ou politiques.

4) Pourquoi l’Europe est importante pour la Suisse ?

C’est aux Suisses de répondre. Mais il me semble qu’il y a une dualité : à la fois une aspiration à aller à la découverte du Monde et aussi, la tentation du repli sur soi. Pourtant je ne suis pas encline aux clichés, mais plus aux faits. Les résultats des votations sont des faits et nous les observons toujours avec attention et parfois inquiétude.

5) Imaginez que la Suisse soit récemment devenue membre de l’UE. Comment vous sentez-vous ?

Cette idée m’irait très bien, mais je n’y crois pas dans un futur proche. Les Suisses ont l’air de s’accommoder de cette vie au milieu de l’Europe et hors de l’Union européenne à la fois. Pour que cela change, il faudrait une évolution notable des conditions économiques qui régissent les rapports entre la Suisse et l’Europe. Le paradoxe est que c’est une situation profitable à la Suisse mais qu’avec des initiatives comme celle de l’UDC, elle pourrait bien se modifier.

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