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  • 24th February 2022 - 11:14 UTC
Questions à...

Antonio Argenziano – L’Année européenne de la jeunesse 2022

1. Qu’attendez-vous de l’Année européenne de la jeunesse de 2022 ?

Ces dernières années, nous avons souvent entendu les politicien·nes et représentant·es des institutions déclarer que les intérêts des jeunes étaient au centre de leurs décisions. Cependant, un grand nombre de ces promesses ne sont que de belles paroles. Le taux de chômage des jeunes est toujours très élevé dans plusieurs pays européens (30% ou plus en Italie, Espagne et Grèce en 2020) et l’investissement dans l’éducation et les politiques de la jeunesse toujours trop bas comparé à d’autres secteurs. La tendance n’est pas non plus encourageante si l’on considère les investissements. Les pays européens augmentent leurs dépenses en matière de défense et en sont arrivés à un montant record de 198 milliards d’euros en 2020, soit 1,5% du PIB des Etats membres. Cela représente bien plus que le budget de l’Union européenne si on ne prend pas en compte le plan de relance « Next Generation EU ». Ces mêmes Etats membres ont décidé, lors de la négociation de Next Generation EU, de diminuer les propositions de la Commission pour le Fonds pour une transition juste de 40 à 17 milliards d’euros, et de réduire les fonds pour le programme Erasmus+, qui est désormais doté d’un budget de 21,2 milliards d’euros pour les sept prochaines années.

Au vu de la situation, les Jeunes fédéralistes européens (JEF) aimeraient voir un engagement significatif et concret des institutions nationales et européennes en faveur d’un avenir durable et une prise en considération des idées et besoins qui émanent des jeunes générations. Nous n’avons pas besoin d’événements, de séances photo et de discours creux. 

2. Les jeunes ont du mal à s’intéresser au projet européen. Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation. Les jeunes ont montré à tout le monde qu’elles et ils étaient intéressé∙es à soutenir les valeurs qui donnent un sens et une signification au projet européen. Elles et ils sont descendu∙es dans les rues pour réclamer un avenir durable, pour défendre les droits humains et civils, réaffirmer l’importance de la démocratie et de l’Etat de droit. Les jeunes voyagent partout dans le monde, ont des ami∙es de différents pays et parlent plusieurs langues. Ces nouvelles générations représentent exactement ce que le projet européen doit être. Au contraire, il n’y a rien d’intéressant dans des réunions intergouvernementales qui débouchement rarement sur des décisions. Et il est inacceptable qu’il y ait toujours en Europe des dictatures, des guerres ou de la discrimination.

J’aimerais retourner la question : et si c’était le projet européen qui avait du mal à satisfaire les attentes des jeunes ?

3. Avec la Conférence sur l’avenir de l’Europe, l’UE a lancé un projet visant à impliquer davantage les citoyen∙nes européen∙nes. Dans quelle mesure cela a-t-il fonctionné avec les jeunes ?

La Conférence sur l’avenir de l’Europe a été une expérience très intéressante. Honnêtement, la participation n’a pas été très élevée et sa portée a été en-deçà des attentes. La plupart des gouvernements des Etats membres n’ont pas suffisamment investi dans la conférence, ni au niveau politique ni en termes de communication. La conférence a cependant bien fonctionné pour celles et ceux qui étaient bien informé∙es et impliqué∙es. La plus grande partie du travail a d’ailleurs été réalisée par la société civile européenne, dont l’importance politique et sociale est trop souvent sous-estimée.

Celles et ceux qui ont pris part au processus, par le biais des panels de citoyen∙nes ou des événements locaux, se sont senti∙es responsabilisé∙es par ce processus participatif et ont finalement eu le sentiment d’avoir un impact réel sur les institutions européennes.

4. Sur quoi les institutions européennes devraient-elles concentrer leurs efforts à cet égard ?

Un grand nombre de propositions intéressantes a été fait. Les citoyen∙nes ont été suffisamment ambitieuses et ambitieux pour proposer des réformes visant à renforcer les compétences de l’UE dans des domaines tels que la santé, la migration ou la politique étrangère. La lutte contre le changement climatique et la défense de l’Etat de droit ont également été des points centraux. Il est à présent du devoir de l’UE de répondre à ces propositions et résoudre les immenses contradictions présentes au sein même du projet européen. La JEF est d’avis qu’il faut ouvrir un grand moment constitutionnel participatif et signaler ainsi que quelque chose est enfin en train de changer, après des années de crises et de difficultés.

5. Quelles sont les ressources et moyens disponibles pour que les jeunes puissent s’impliquer en politique européenne ?

Il n’y a plus de distinction entre les politiques européennes et nationales. Nous vivons dans un monde où une faillite aux États-Unis ou une maladie apparaissant en Chine peuvent avoir un impact sur la vie de toutes et tous. Nous sommes interconnecté∙es à travers l’Internet et la politique nationale est largement conditionnée par ce qu’il se passe au niveau européen et au-delà. Les jeunes qui sont conscient∙es de cette réalité ont une plus grande tendance à se politiser et, éventuellement, s’engager. Celles et ceux qui sont capables de dépasser ce qu’Ulrich Beck a appelé le « nationalisme méthodologique » sont en mesure d’apprécier la complexité de la société européenne et de mieux comprendre le besoin d’institutions européennes. Ce type de prise de conscience est bien plus important que de savoir quelles sont les compétences exactes du Parlement européen ou comment fonctionne le mécanisme de codécision. Je suis convaincu que la meilleure façon de s’impliquer dans la politique européenne, et dans la politique en général, passe par ce que l’on appelle « la société civile ». Faire partie d’une organisation de jeunesse donne l’opportunité de constamment rencontrer de nouvelles personnes et de travailler concrètement à un futur meilleur. Cela enrichit l’humain et permet aux jeunes de développer des compétences et des soft skills importants. Les institutions européennes offrent de nombreux stages et formations. Ceci n’équivaudra toutefois jamais à un engagement politique vous permettant de rencontrer d’autres personnes qui partagent vos idées et vos valeurs. Par ailleurs, la politique européenne doit être vécue partout, pas uniquement dans un bâtiment à Bruxelles.

6. Dans ce contexte, quel est le rôle de la JEF ?

La JEF est une organisation politique, transpartisane, dont l’objectif historique est d’achever le processus d’intégration européenne et de parvenir à une véritable fédération européenne. C’est pour cela que nous réfléchissons ensemble au présent, pour être capable de dessiner le futur. La JEF fait cela depuis des décennies. Nous sommes celles et ceux qui ont détruit les barrières aux frontières dans les années 50, celles et ceux qui ont milité pour une élection au suffrage universel direct du Parlement européen dans les années 60 et 70, pour l’euro dans les années 80, etc. Aujourd’hui, nous avons toujours cet esprit et ne craignons pas de dire que nous sommes les véritables critiques de l’Europe. Pas parce que nous n’aimons pas l’Europe, mais plutôt parce que nous reconnaissons ses limites et aimerions les dépasser. C’est pour cela que nous ne cessons de demander une réforme constitutionnelle de l’UE afin de clarifier ses compétences et développer la démocratie, dans le respect du principe de subsidiarité. Corriger les contradictions de l’UE permettrait également de lancer un nouveau processus d’élargissement en faveur des pays qui préfèrent, pour l’instant, rester en dehors du processus d’intégration.

Il y a différentes façons d’atteindre ces objectifs et tout ne se fera pas par des campagnes et du lobbying. Pour nous, l’Europe de demain passe aussi par l’éducation civique, par des formations, et toutes ces activités culturelles qui aident à développer une culture européenne commune.

L’Europe n’est pas uniquement la somme de différents héritages culturels et historiques ; c’est la volonté commune de construire une société plus juste, basée sur la liberté et la démocratie. L’Europe est faite d’histoires diverses et différentes, mais c’est une communauté de destins, unies par des valeurs sur lesquelles nous voulons construire notre futur.

24.02.2022

Antonio Argenziano, président des Jeunes fédéralistes européens (JEF)

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