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  • 27th October 2021 - 15:07 UTC
Questions à...

Yves Bertoncini – Quel leader pour l’Europe de demain?

1. Angela Merkel aura marqué les esprits en Europe à bien des égards. Comment s’est-elle imposée?

«L’Europe» telle qu’elle est n’allait pas si mal à Angela Merkel, qui s’est avant tout attachée à son amélioration au jour le jour et à la préservation de la stabilité de l’Union européenne (UE). Son empreinte s’est donc surtout affirmée dans la gestion des crises européennes qui auront parsemé son mandat: suites à donner au rejet du Traité constitutionnel, crise de la zone euro, afflux massif de réfugiés, «Brexit», annexion russe de la Crimée, épidémie du coronavirus. Dans ce contexte, elle s’est imposée en raison de son tempérament de conciliatrice, de la culture du compromis qui prévaut en Allemagne comme au niveau communautaire, du poids et de la réussite économiques de son pays et de sa position géographique centrale.

2. Dans quelles mesures Angela Merkel a-t-elle été déterminante pour l’UE ces quinze dernières années?

Angela Merkel a été la «quille» du navire européen, la personnalité capable de rassembler un équipage très composite face aux tempêtes… Elle s’est le plus souvent affirmée en trait d’union potentiel entre le Nord et le Sud, l’Ouest et l’Est du continent, l’Europe et les USA – à l’exception notable de sa décision unilatérale d’accueillir un million de demandeurses et demandeurs d’asile, qui a fortement divisé les Européen·nes. Angela Merkel a su combiner un «leadership» découlant de son statut politique et une capacité à dégager les compromis possibles. Ses contempteurs diront aussi qu’elle a souvent réagi plutôt qu’elle n’a agi, et qu’elle aura donc parfois ralenti la prise de décision commune, notamment lors de la crise de la zone euro.

3. Et maintenant, qui est-ce qui pourrait lui succéder et contribuer à définir les contours de l’Europe de demain? La place de chef·fe d’État est-elle indispensable pour cela? 

Les chef·fes d’Etat et de gouvernement tirent leur prééminence de leur légitimité électorale, mais aussi du rôle conféré au Conseil européen pour la définition des grandes orientations politiques à donner à l’UE. Cette prééminence a été renforcée à la faveur des crises: elles et ils cumulent plus que jamais le rôle d’architectes et celui de pompiers. Dans ce cénacle, il ne sera pas facile de reprendre le sceptre d’Angela Merkel, qui était la plus ancienne dans le grade le plus élevé… Emmanuel Macron y prétend, lui qui s’est posé en grand architecte de la «refondation de l’Europe», au risque de faire cavalier seul, sur le fond comme sur la forme. Il n’est pas certain qu’il ait les moyens politiques de ses ambitions et toutes les aptitudes diplomatiques nécessaires. En son temps, Jacques Delors a démontré le rôle tout aussi crucial du Président de la Commission européenne – c’est le défi qu’entend relever Ursula von der Leyen, notamment via la mise en œuvre du «Pacte vert européen».

4. Que pensez-vous du possible triptyque composé d’Emmanuel Macron en France, de Mario Draghi en Italie et d’Olaf Scholz en Allemagne?

Mario Draghi est appelé à exercer un rôle européen croissant, compte tenu de son expérience à la Banque centrale européenne, de son expertise de fond et de sa capacité à bien calibrer ses prises de paroles. Il lui faut cependant consolider son statut politique domestique et réussir la mise en œuvre du Plan de relance dans son pays, sous le regard de ses pairs. Emmanuel Macron doit d’abord assurer sa réélection avant d’essayer d’entrainer ses deux grands voisins dans la voie ambitieuse qu’il a tracée pour l’Europe. En succédant à Angela Merkel, Olaf Scholz retrouverait sa position clé dans la cabine de pilotage européenne: il aura à composer avec les équilibres de sa coalition, sur les enjeux économiques et environnementaux comme face aux défis géopolitiques et sécuritaires que doivent relever les Européen·nes. Ce nouveau trio pourrait s’équilibrer – il lui faudrait surtout s’efforcer d’entrainer tous les autres.

5. L’UE a-t-elle réellement besoin d’un∙e «leader»?

Dans un ensemble politique «unis dans la diversité» – et parfois dans la perplexité – il est essentiel de dessiner un cap et d’inscrire l’action commune dans une vision d’ensemble qui lui donne son sens, notamment au regard du monde extérieur. Parce que cette diversité est consubstantielle à l’UE, son système politique a été dessiné afin qu’elle ne puisse être dominée par un pays, par une institution, par un parti ou par une personnalité, et que les décisions communes découlent de compromis savamment et longuement négociés… Il faut donc nécessairement des «leaders» à l’UE, en écho à sa nature à la fois fédérale et confédérale. C’est aussi parce qu’Angela Merkel était consciente de cette dimension collective qu’elle aura exercé une telle influence personnelle.

28.10.2021

Yves Bertoncini, vice-président du Mouvement européen International, président du Mouvement européen France

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