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  • 4th July 2016 - 09:46 GMT
Histoire de l'intégration européenne

Football, un match à gagner pour l’intégration

Le football a écrit beaucoup d’histoires, des histoires de joie et de souffrance, des histoires de grandes victoires et de défaites ignominieuses. Et le football écrit aussi une histoire d’intégration de plus en plus. Au cours des vingt dernières années, des individus ou des associations se sont engagés contre la discrimination, la haine et le racisme dans les équipes européennes de football en créant ensemble divers réseaux paneuropéens pour lutter contre la xénophobie dans le football européen. Bon nombre de ces projets, il convient de l’observer, sont financés par l’UE, ce qui leur permet d’exister.

En Angleterre, tout a commencé avec l’initiative d’un fan du club de football de Sheffield United Football Club, Howard Holmes, qui a fondé en 1995 l’association Football Unites, Racism Divides (FURD) contre le racisme et la discrimination. Le travail de la FURD est ainsi décrit dans son rapport de l’année 2000 :

 « Par un travail éducatif dans les écoles et les groupes de jeunes, joint à des activités de rue (…) et à des programmes de football des Millenium Volunteers, de Sharrow Unies et de Somali Blades – aussi bien pour les jeunes que pour les réfugiés qui peuvent s’engager dans les communautés -, le projet de la FURD montre comment surmonter des problèmes qui paraissent différents de l’exclusion sociale alors qu’ils en sont proches ». [1]

Pour Holmes et ses collègues de la FURD, le football est un jeu qui peut rassembler les gens, mais qui peut aussi être utilisé par certains pour diffuser des slogans racistes et xénophobes. C’est là que les militants de la FURD interviennent pour s’assurer que

«les gens puissent jouer au football ou le regarder à l’abri de la peur de subir des attaques racistes et du harcèlement (moral ou physique).»[2]

En 1996 déjà, un an après la fondation de la FURD, la Commission européenne du Luxembourgeois Jacques Santer a salué la demande de soutien financier du projet et a accordé à l’association une aide financière d’une année. Celle-ci sera reconduite pour une année, ce qui permettra la mise en place d’une structure organisationnelle professionnelle.[3] En 1999, la Commission européenne a encouragé les militants de la FURD, en particulier Howard Holmes, à créer l’organisation faîtière FARE («Footbal contre le racisme en Europe»), qui lutte contre la discrimination et l’exclusion, ainsi que l’intégration sociale dans le football. Pour les amateurs de football qui se retrouvent dans le réseau FARE , le football est un jeu qui présente une force d’intégration.

«FARE est déterminé à lutter contre toute discrimination par le pouvoir d’intégration du football. Cette capacité s’explique par le fait que le football est le sport le plus populaire au monde et qu’il appartient à tous. Ainsi lui est-il possible de maintenir la cohésion de la société tout entière.»[4]

FARE a finalement contribué à la lutte contre le racisme dans les arènes européennes du football, lutte sur laquelle le Parlement européen s’est penché le 14 mars 2006. Il a salué en le pérennisant

 «l’excellent travail accompli par les organisations, y compris l’UEFA et le réseau FARE, dans la lutte contre ces problèmes»[5]

et a demandé à toutes les parties – les joueurs, les arbitres, les fans, les associations, les ligues, etc. – de s’exprimer régulièrement contre le racisme pour prévenir la discrimination dans l’espace du football.

D’autres fans de football luttent contre la discrimination et la violence dans les stades au sein d’une autre association qui compte des membres dans 48 pays, la «Football Supporters Europe» (FSE). Celle-ci met sur pied à chacun des événements majeurs – matches de la Ligue des Champions ou des Championnats d’Europe – une « ambassade des fans » au sein de laquelle est dressée une liste de faits à condamner, tels que la violence ou le racisme, autant d’objets de vives critiques. La FSE a créé une ambassade lors de l’Euro de football qui se tient actuellement en France. Dans cette structure, la violence qui a éclaté entre fans anglais et russes est fortement critiquée. C’est ce qu’explique un fan russe:

«L’équipe de l’ambassade de Russie tient à exprimer sa consternation devant les émeutes à Marseille, où des fans russes ont été impliqués. (…) Par notre travail, nous voulons aider les fans des deux équipes, promouvoir le respect mutuel et contribuer à une atmosphère joyeuse au cours du tournoi.»[6]

Sans l’aide financière de l’UE, plusieurs des projets présentés ici contre la discrimination dans le football n’auraient pu être réalisés. Toutefois, l’UE ne limite pas son soutien à la prévention de la violence et du racisme au seul ballon rond ; elle adopte aussi une approche holistique de tous les sports. Ainsi, cette année, plusieurs projets ont été lancés, tels Joinin! aux Pays-Bas, visant à promouvoir l’activité physique des enfants et des jeunes issus de l’immigration[7]  ou encore le projet Mimosa, un programme italien cofinancé par l’UE pour l’intégration des migrants par l’activité physique[8]. Pour l’UE, il est clair que le sport constitue un moyen de poids pour mieux intégrer les minorités dans la société.

 «Pour l’UE, l’inclusion sociale est l’une des principales priorités dans le domaine du sport. Les valeurs du sport que sont l’égalité des chances et le fair-play, sont également des valeurs européennes. En rassemblant les gens, en encourageant les communautés et en combattant activement la xénophobie et le racisme, le sport a le potentiel de devenir un soutien important pour l’intégration des migrants dans l’UE.»[9]

Sans un fan de football du nord de l’Angleterre, doté de beaucoup d’énergie et décidé à combattre avec des organisations locales le racisme et la violence dans son stade fétiche, le Bramall Lane – stade légendaire du Sheffield United Football Club -, l’UE n’aurait pas forcément vu dans la promotion du sport un moyen de promotion de l’intégration et de l’inclusion des minorités. Il ne me reste plus qu’à aller regarder le match Angleterre – Pays de Galles.

 

[1] FURD, Annual Report 2000-2001, Internetseite, http://www.furd.org/resources/p%201-11.pdf, Consulté le 16.06.2016, p. 3.

[2] op.cit. p. 5.

[3] op.cit.

[4] Network Fare, (allemand) Über Fare, site internet, http://www.farenet.org/about-fare/german/, Consulté le 16.06.2016.

[5] op.cit.

[6] Football Supporters Europe, Fanbotschaft Russland, site internet, http://www.fanseurope.org/de/news-2/news-2/1404-violence-in-marseille-at-uefa-euro-2016-statements-from-fans-embassy-england-fans-embassy-russia-ger.html, Consulté le 16.06.2016.

[7] Voir: JoinIn!, Netherlands Institute for Sport & Physical Activity, site internet, http://international.nisb.nl/activities/2%20, Consulté le 16.06.2016.

[8] Voir: Migrant’s Inclusion Model through Sport for All MIMoSA, site internet, http://www.mimosaproject.net/?p=192, Consulté le 16.06.2016.

[9] Commission européenne, Sport, Supporting fair play and cooperation in sport, Sport and Migrants, site internet, http://ec.europa.eu/sport/policy/societal_role/migration_en.htm, Consulté le 16.06.2016.

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