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  • 13th April 2016 - 07:29 GMT
Histoire de l'intégration européenne

Hans-Dietrich Genscher

L’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher, est décédé à la fin du mois de mars. A l’occasion de la disparition de celui qui fut de 1974 à 1992 le chef de la diplomatie allemande, il est essentiel à nos yeux de rendre hommage à l’homme politique qu’a été Genscher, et plus particulièrement à celui qui a oeuvré par ses efforts inlassables à la construction d’une Europe unie.

La division de l’Allemagne est bien sûr au fondement de la politique de Genscher qui, plus que tout autre politicien avant lui, a milité en faveur de la réunification allemande. En tant que ministre des Affaires étrangères, il a contribué de manière significative à la réalisation du traité dit « deux plus quatre » et de l’Acte final d’Helsinki. Le chemin vers l’unité allemande a été long et sinueux, ; mais sans le travail politique constant de Hans-Dietrich Genscher, il n’aurait peut-être pas vu le jour. Ainsi Genscher déclarait-il dès 1975 lors d’un discours à l’Assemblée générale de l’ONU :

« Notre objectif est de travailler à un état ​​de paix en Europe, dans lequel le peuple allemand retrouvera son unité par le biais de la libre autodétermination. » (Genscher le 24 septembre 1975, à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, tous les extraits de discours à l’ONU sur http://www.genscher.de/html/rede_1.pdf)

Pendant quinze ans, il renouvellera inlassablement cet appel lors des réunions de l’ONU. Genscher sentait intuitivement que la nouvelle Ostpolitik de Willy Brandt avait permis d’entrouvrir la porte vers l’unité allemande. Immédiatement, il mit son pied dans la porte qui ne pourrait dès lors plus être refermée, Genscher en était convaincu :

« La volonté du peuple ne vise pas à maintenir ou à approfondir cette séparation, mais bien à la surmonter. »(Genscher, le 26 septembre 1981 à l’Assemblée générale de l’ONU à New York)

Lorsqu’une nouvelle ère politique se profila enfin avec les nominations de Chevardnadze au ministère des Affaires étrangères et de Gorbatchev au poste de secrétaire général du Parti communiste, Genscher l’accueillit comme une chance unique pour l’unité allemande. Il entrevit l’imminence d’un tournant qui allait ébranler la séparation allemande.

« Ce changement positif pour toute l’Europe tire sa force de la renaissance de l’identité de notre continent. Cette identité est fondée sur l’histoire européenne commune, sur ses points forts et ses aberrations, sur la culture commune à laquelle toutes les nations européennes ont contribué, et sur ​​la prise de conscience de la responsabilité partagée pour l’avenir de notre continent, pour la paix et le développement dans le monde. »(Genscher le 28 septembre 1988, à l’Assemblée générale de l’ONU à New York)

La politique de Genscher dix-huit ans durant se caractérise essentiellement par le lien établi entre la question allemande et la composante paneuropéenne. Pour lui, la séparation de l’Allemagne est synonyme de la division de l’Europe et seule la réunification allemande conduira à une Europe unie.

« L’unité de l’Allemagne est un pas vers l’unité de l’Europe. »(Genscher le 26 septembre 1990, à l’Assemblée générale de l’ONU à New York)

Ainsi, Genscher, en faisant de la question allemande une question européenne, a toujours considéré dans une certaine mesure 1989 comme la date de naissance de l’Europe. Ainsi, les mouvements de libération en RDA n’ont-ils pas été les seuls à être perçus comme annonciateurs de la réunification; dans ses discours, Genscher a aussi volontiers évoqué la politique d’ouverture (Glasnost) et de restructuration (Perestroïka) de Gorbatchev, le mouvement polonais Solidarnosc et la politique de l’écrivain et futur président tchèque Vaclav Havel. Avec ces mouvements européens, l’Europe aura trouvé son nouveau visage, son visage de liberté.  «

L’année 1989 sera désignée par les historiens comme l’année européenne du 20e siècle. Jamais auparavant les peuples d’Europe n’ont été si proches ». (Genscher, le 12 septembre 2000 à Berlin, lors de la cérémonie du groupe parlementaire du Parti Libéral-Démocrate à l’occasion du 10e anniversaire de la signature du « Traité deux plus quatre », http://www.genscher.de/html/rede_10 .pdf)

Après avoir démissionné en 1992 de son poste de ministre des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher n’a pas pour autant tourné le dos à l’activité politique ; celle-ci ne s‘est donc pas arrêtée à la réunification de l’Allemagne. Pour lui, l’Europe était maintenant devenue un nouveau terrain d’engagement. Inlassablement, l’homme politique s’est adressé à l’Europe et l’Union européenne. L’Union doit encore être améliorée, martelait Genscher.

« Mais nous savons que la Maison européenne n’est pas encore terminée. Nous savons qu’il s’agit maintenant de la grande Europe, ainsi que la Charte de Paris de 1990 l’a définie : une Europe de la liberté, de la démocratie et de l’économie de marché. » (Genscher ibid.)

Genscher voyait dans l’Europe une communauté de destin et était conscient que l’Allemagne devait beaucoup à la bienveillance de cette communauté. Les pays européens ayant été solidaires après la Seconde Guerre mondiale avec l’Allemagne, il était maintenant temps d’approfondir la solidarité en Europe. On retrouve cette revendication par exemple dans le fameux plan Genscher-Colombo :

« Nos peuples attendent que le processus d’intégration européenne progresse, mène à toujours plus de solidarité et d’action collective. La construction européenne a besoin que l’on de se concentre davantage sur son objectif politique, sur des structures de prises de décisions plus efficaces ainsi que sur un cadre politique et juridique viable. L’Union européenne qui s’est construite progressivement est une union fondée sur la solidarité réelle et efficace, sur les intérêts communs sans cesse plus étroits des peuples et des Etats européens et sur l’égalité des droits et des devoirs de ses membres. » (Plan Genscher-Colombo 6 Novembre 1981, http://www.europarl.europa.eu/brussels/website/media/Basis/Geschichte/EGKSbisEWG/Pdf/Genscher_Colombo.pdf)

Surtout, l’Allemagne avait une responsabilité particulière, selon Genscher. Par sa position centrale et par sa puissance économique, l’Allemagne ne pouvait se soustraire à sa responsabilité politique vis-à-vis du continent européen. Dans les déclarations de Genscher, on entrevoit clairement la proximité qu’il entretenait avec des philosophes comme Hans Jonas et Hannah Arendt. Prendre la responsabilité, non pas pour expier le passé, mais pour orienter son avenir dans la bonne direction, voilà comment l’on pourrait formuler la maxime politique de Hans-Dietrich Genscher. La politique allemande est donc cruciale pour l’unité de l’Europe, l’Europe ne peut pas faire sans l’Allemagne et l’Allemagne ne peut pas faire sans l’Europe.

« La responsabilité allemande se reflète dans la position de l’Allemagne européenne. Une Allemagne qui se réfugierait dans l’isolement se trouverait bientôt très, très seule. Une situation inconfortable, très inconfortable pour un pays au centre de l’Europe, le pays qui compte le plus de voisins. Aux sceptiques et aux pusillanimes, je voudrais dire : l’Allemagne ne doit pas faire défaut à l’Europe ! » (Genscher le 1er Novembre 2012 à Berlin, la « responsabilité européenne des Allemands », http://www.genscher.de/html/rede_19.pdf)

Avec la mondialisation, Genscher entrevoit un nouvel enjeu politique fondamental pour l’humanité. Non seulement l’économie est maintenant globalisée à l’échelle du monde, tout comme le sont ses effets, à l’image de la pollution. Et les problèmes mondiaux, Genscher en est convaincu, ne pourront être combattus que grâce à la coopération mondiale,.

« Les menaces environnementales mondiales telles que le réchauffement climatique, la destruction de la couche d’ozone ou la pollution des océans touchent tous les pays du monde. La protection à long terme de nos ressources naturelles doit donc être une préoccupation centrale de la politique internationale. Il est nécessaire d’élaborer une stratégie commune pour la survie de l’humanité. » (Genscher le 25 mai 1999, discours sur l’Europe à l’université européenne de Viadrina, http://www.genscher.de/html/rede_6.pdf)

Pour que l’Europe puisse répondre aux bouleversements mondiaux, elle doit donc savoir se réformer. Genscher appelle donc à accorder plus de compétences au Parlement européen et à élaborer une réflexion commune sur les enjeux de la politique étrangère et de sécurité. En ces temps de crise économique et migratoire en Europe, la politique suggérée par Genscher prend tout son sens : l’Europe doit montrer un visage uni, au risque de voler en éclats. La crise actuelle résonne comme un appel à enfin prendre ses responsabilités.

« Le grand savant anglais Arnold Toynbee a montré que la survie des cultures dépendait de leur capacité à trouver des réponses appropriées aux nouveaux défis. La réponse au défi de la mondialisation passe par l’intégration européenne et la coopération mondiale, en aucun cas par le retour vers les aberrations nationalistes du XXe siècle. » (Genscher, ibid.)

 

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