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  • 2nd July 2020 - 14:04 GMT
Questions à...

Amb. Norbert Riedel – La présidence allemande du Conseil de l’UE

1. Le 1er juillet marque le début de la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne (UE). Quel en sera le thème central ? Quels seront les plus grands défis ?

La devise de la présidence allemande est : « Tous ensemble pour relancer l’Europe ».

La présidence allemande du Conseil de l’UE se concentrera sur les moyens pour surmonter les conséquences du Coronavirus et sur la reconstruction de l’économie. Parmi nos autres priorités figurent le cadre financier pluriannuel de l’UE, les négociations sur les futures relations avec la Grande-Bretagne ainsi que d’autres thématiques importantes telles que la protection du climat, la numérisation ou encore le rôle de l’Europe dans le monde.

Fin juin 2020, la Chancelière Angela Merkel et le Président français Emmanuel Macron ont défini, lors d’une réunion à Meseberg, les contours du prochain sommet européen. Ce sommet de la mi-juillet sera principalement consacré aux négociations sur le cadre financier pluriannuel de l’UE ; nous comptons sur une percée significative. Le plan de relance de 750 milliards d’euros devrait également être mis en route le plus rapidement possible.

Le programme de la présidence allemande du Conseil de l’UE allie ainsi à la fois des thématiques urgentes et des perspectives à plus long terme. L’Allemagne est consciente des attentes élevées à l’égard de sa présidence. La résolution de ces questions, tant à court qu’à long terme, est extrêmement exigeante.

C’est pourquoi, le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas a souligné que l’Allemagne jouera, à partir du second semestre 2020, un rôle de « moteur et de modérateur » en Europe : « Notre tâche consistera à jeter des ponts et à trouver des solutions qui profiteront, en fin de compte, à toutes et tous les citoyen∙nes européen∙nes. »

Nous poursuivons ainsi des objectifs ambitieux, mais restons également réalistes quant à ce que nous pourrons réaliser en six mois compte tenu des circonstances. Qui dit coopération au sein de l’UE dit coopération sur un pied d’égalité. C’est pourquoi nous avons élaboré avec la Slovénie et le Portugal un « programme de 18 mois » jusqu’à fin 2021 – de sorte que les questions abordées par l’Allemagne puissent continuer à être discutées dès 2021.

2. Dans quelle mesure le Coronavirus a-t-il influencé le programme et le contenu de la présidence ?

Avec la pandémie de COVID-19, l’UE se retrouve confrontée à un défi historique. Durant la présidence allemande du Conseil de l’UE, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour le relever ensemble et de manière prospective afin de rendre l’Europe à nouveau forte. C’est par cet appel que débute le programme de la présidence allemande.

Le fait est que la pandémie de COVID-19 a fondamentalement changé notre présidence à venir. Il s’agit d’un défi que nous ne pourrons relever avec succès que si nous travaillons ensemble
de manière pragmatique, dans un esprit de coopération au sein de l’UE et au niveau international.
La façon dont nous avons géré la crise jusqu’à présent me rend optimiste. Nous continuerons sur cette voie.  

Notre objectif est de nous assurer que l’UE sorte de cette crise plus forte et mieux équipée pour l’avenir. Bien entendu, cela inclut également nos importants partenaires internationaux tels que la Suisse.

3. L’Allemagne, le Portugal et la Slovénie ont élaboré un « programme de 18 mois » jusqu’à la fin de 2021. Quels sont les avantages attendus de cette approche ?

Nous sommes heureuses et heureux que l’étroite coopération avec nos partenaires du trio, le Portugal et la Slovénie, montre clairement que l’Union européenne est un projet commun de tous les États membres de l’UE. Nous tenons également à remercier tout particulièrement la présidence croate du Conseil de l’UE. La Croatie a déjà pris de nombreuses mesures pour faire face à la crise du Coronavirus durant sa présidence.

Avec nos partenaires du trio, l’Allemagne va continuer à œuvrer en faveur d’une croissance économique durable et inclusive en Europe, qui comprend le passage vers une économie verte et la transition numérique.

Ceci signifie concrètement : œuvrer à la souveraineté numérique, assurer l’autonomie stratégique de l’UE grâce à une politique industrielle dynamique, soutenir les petites et moyennes entreprises ainsi que les start-ups, examiner les investissements étrangers directs, construire des infrastructures plus résistantes – notamment dans le secteur de la santé – et produire des biens essentiels en Europe. Nous ne devons pas dépendre trop fortement de pays tiers.

Tout cela nécessite une planification à moyen et long terme. Six mois ne sont évidemment pas suffisants et il est donc extrêmement important que nous nous concentrions sur ces questions avec nos partenaires portugais et slovènes. Nous attendons beaucoup de cette approche commune.

4. Le lancement de la Conférence sur l’avenir de l’Europe a dû être reporté en raison de la crise du Coronavirus. De quelle manière la présidence allemande prévoit-elle de poursuivre cette initiative ?

La Conférence sur l’avenir de l’Europe revêt une importance considérable, surtout à la lumière de la crise du Coronavirus. Nous souhaitons donner aux Européen∙nes non seulement l’occasion de discuter du futur de l’UE, mais aussi d’aborder les questions découlant de cette crise.

En tant que présidence du Conseil de l’UE, nous jouerons un rôle actif dans les prochaines négociations interinstitutionnelles – sur la base de la position qu’a adoptée récemment le Conseil – dans le but de parvenir rapidement à un accord sur une déclaration commune.

Cette déclaration commune devrait déterminer de quelle manière le calendrier et le format de la conférence devront être adaptés compte tenu des circonstances de la pandémie de Coronavirus.

Il est important que nous entendions les voix de nos citoyen∙nes et que celles-ci soient également entendues dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

5. Comment voyez-vous l’avenir de l’UE, en particulier après la crise du Coronavirus ?

Au mois de mai, mon collègue, l’ambassadeur de France, et moi-même avons publié dans plusieurs journaux suisses un commentaire commun sur notre réalité européenne : nous sommes une communauté de destin ! La crise du Coronavirus nous l’a une fois de plus fait comprendre. Nous voulons que l’UE sorte de la crise plus forte et mieux équipée pour l’avenir que lorsqu’elle n’y est entrée!

Les principes directeurs de la présidence allemande du Conseil de l’UE restent le dépassement permanent de la pandémie de COVID-19 et la reprise économique, une Europe plus forte et plus innovante, une Europe équitable, une Europe durable, une Europe de la sécurité et des valeurs communes, et une Europe forte dans le monde.

En novembre de cette année, l’Allemagne prendra la présidence du Conseil de l’Europe, cette institution européenne indépendante dont la Suisse est membre et au sein de laquelle nous travaillons précisément ensemble à la promotion de ces valeurs et d’un ordre mondial fondé sur des règles.

Les crises – telles que l’actuelle pandémie de Coronavirus – se révèlent toujours aussi être une opportunité de développement. Notre tâche commune va bien au-delà de la gestion immédiate de la situation actuelle. C’est pourquoi nous nous concentrons également sur les grands processus de transformation de notre époque, tels que le changement climatique, la numérisation ou encore la transformation du monde du travail. L’évolution politique au niveau global met l’UE face à des défis particuliers. Dans un monde de plus en plus polarisé, la politique européenne doit ainsi veiller à renforcer la capacité de l’Europe à agir à l’extérieur afin de défendre les intérêts européens et d’assumer notre responsabilité dans le monde.

Nous travaillons sur tous ces points avec nos partenaires de l’UE, au niveau des États membres et des institutions à Bruxelles. L’Allemagne et la Suisse continueront à travailler en étroite collaboration tant sous la présidence allemande du Conseil de l’UE qu’au sein du Conseil de l’Europe.

NB: Cette interview a été réalisée en allemand et traduite vers le français par le Nomes.

02.07.2020

Dr. Norbert Riedel, ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne en Suisse et au Liechtenstein

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