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  • 27th January 2016 - 14:30 GMT
Questions à...

Sergio Rossi, Professeur ordinaire de macroéconomie et d’économie monétaire à l’Université de Fribourg

1) Quelle est la solution pour sortir de la crise entre la Suisse et l’UE selon vous?

Il faut partir du constat que les relations entre la Suisse et l’UE sont importantes pour tout le monde et que le blocage actuel va avoir bien des effets négatifs pour l’ensemble des parties prenantes à long terme. L’étape suivante est de reconnaître qu’il est impossible, pour chaque partie prenante, d’obtenir des avantages dans chaque dossier ouvert, mais qu’il faut considérer les questions ouvertes dans leur ensemble, afin de négocier une solution globale permettant tant à l’UE qu’à la Suisse de tirer leurs épingles du jeu.

 

2) La «voie bilatérale» est-elle encore pertinente?

Dans une perspective de court terme, la voie bilatérale peut être pertinente dans la mesure où l’ensemble des parties prenantes prennent au sérieux la nécessité de résoudre les questions ouvertes considérant l’intérêt collectif de la population européenne. A plus long terme, toutefois, cette voie doit être abandonnée car elle comporte des processus très complexes, peu efficaces et trop lents par rapport à la vitesse des changements du monde contemporain. Qui plus est, la négociation dans le cadre bilatéral actuel devient de plus en plus difficile au fur et à mesure que le nombre de pays membres de l’UE augmente.

 

3) En cas de rupture des accords bilatéraux, quelles seront les conséquences pour l’économie suisse?

La réponse à cette question dépend des scénarios considérés. Ceux-ci sont trop nombreux, en l’état, pour y voir clair. Une chose est néanmoins sûre: à court terme, l’ensemble de l’économie suisse souffrirait d’une telle rupture dans la mesure où celle-ci entraînerait d’énormes difficultés pour beaucoup de petites et moyennes entreprises dont les débouchés principaux se trouvent à présent dans l’UE. Par voie de conséquence, il y aurait une montée du chômage en Suisse et le secteur public national, cantonal et communal serait affecté par des déficits budgétaires accrus. La cohésion sociale et la cohésion nationale en souffriraient beaucoup.

 

4) Si la Suisse entrait dans l’UE, quelle serait votre réaction?

Si la Suisse entrait dans l’UE telle qu’on la connaît actuellement, je me ferais des soucis en ce qui concerne la démocratie et le respect des minorités dans ce pays, étant donné que l’UE est désormais très loin du projet original de ses «pères fondateurs». Je ne me ferais aucun illusion en ce qui concerne la possibilité pour un petit pays comme la Suisse de réussir à influencer les décisions au sein de l’UE afin de contribuer au bien commun. Il serait par ailleurs impossible de réorienter à moyen terme les institutions et les choix politiques de l’UE, au vu tant des rapports de force que des intérêts divergents dans le cadre de l’UE actuelle.

 

5) A quoi ressemblera l’Europe dans 50 ans?

Je ne peux pas le savoir. Mon souhait est que l’UE évolue pour devenir les Etats-Unis d’Europe s’inspirant, à la fois, du système américain et du fédéralisme helvétique. Si cela s’avère, je serai alors au premier rang pour que la Suisse en devienne membre à part entière dans les meilleurs délais. Je crains, néanmoins, que je ne verrai jamais cela de mon vivant.

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